15- SE Le début de la fin

Mon père disait… Souvenirs épars –
Dernières péripéties - 
Objectif Suisse III



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SOMMAIRE
Avant-propos – 1- Premier stalag – 2- Vivre dans la capitale de la Résistance – 3- Se faire la belle – 4- Exit la zone libre - 5- Objectif Suisse – 6- Une saison en enfer – 7-Vers l’incertain – 8- Vers l’affrontement – 9- Objectif Suisse II – 10- La lettre – 11- La fin du « road trip » - 12- Retour en Bresse –
13 – La ferme du Haut-Danube (Retour gagnant) - 14 – Retour à Lyon (La rue St-Eusèbe) - 15 – Le début de la fin (Retour de captivité) -  16 – Un billet retour – 17- Les retrouvailles – 18- Vivre dans le provisoire - 19 – Une guerre qui s’éloigne – 20 – Divine Libération -
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15 - Dernières péripéties - 1944 - De Tuttlingen à Schaffhouse 
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Gaby ne possédait plus sa précieuse carte de l’Allemagne que Jean-Bernard à Soltau lui avait procurée avant leur évasion mais il l’avait tant lue et relue qu’elle s’était comme gravée dans sa tête. Avant son départ et pendant toute sa cavale, Il l’avait compulsée tant et tant durant sa cavale que, rien qu’à y penser, une image précise se dessinait immédiatement devant ses yeux. De plus, il avait repéré une vieille carte de la région qu’il pourrait facilement subtiliser quand il aurait décidé de repartir.

Peu à peu un scénario se dessinait dans sa tête, les préparatifs, les étapes, les opportunités et les aléas. Manière aussi de s’occuper l’esprit sans trop se ronger les sangs, de constamment se demander ce que faisait Lina, ce qu’elle devenait dans un pays qu’il ressentait à la dérive. Il n’osait pas même s’imaginer ce qui l’attendait à son retour.

Il comptait maintenant sur la désorganisation progressive du pays qui devenait évidente. Il savait que l’armée allemande reculait peu à peu sur le front de l’Est, que l’étau sur elle se refermait entre les armées venant de l’Est et de l’Ouest. L’issue était une question de temps. C’était dit, il repartirait. Il en ruminait les modalités et en peaufinait chaque jour les détails.

D’abord, rejoindre la gare de Tuttlingen-sud puis Möhrigen, sans gros problème pour lui qui en avait maintes fois sillonné les routes avec le camion laitier dont la tournée le conduisait parfois jusqu’à Sigmaringen au nord-ouest et Engen au sud, son objectif. La suite était encore assez nébuleuse.
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- Maman, maman, il est parti, il est parti !
Toute essoufflée, Hanna se rua dans la cuisine où sa mère épluchait des patates.
- Que dis-tu ? répondit-elle à sa fille cadette en plissant le front.
- Oh, mon dieu, Gaby, il est parti…
- Comment ça ! répondit Thekla en plissant le front.
- Il devait me rejoindre devant l’étable comme d’habitude. Personne. Lassée d’attendre, je suis allée jusqu’à sa chambre. Personne non plus et ses vêtements avaient disparu. Il est parti comme ça, comme un voleur, pendant la nuit sans doute. Il doit être loin maintenant.
Sa mère songeuse émit un long soupire.
- Oh, déjà loin dis-tu. Penses-tu, à pied on fait peut-être cinq kilomètres à l’heure, et encore quand on sait où l’on va, ce qui n’est pas son cas. Il ne doit pas être allé bien loin. Direction sud bien sûr, vers le Rhin et la frontière suisse.
- Alors, selon toi, il n’a aucune chance. Quelle folie !

Hanna était décontenance, sans réaction face à ce qu’elle considérait comme une trahison.
- Voilà, on s’habitue à quelqu’un, on travaille ensemble et puis un beau jour… hop, il disparaît sans tambour ni trompette.
- Tu t’attendais à quoi ? Il n’a pas demandé à faire la guerre, à être envoyé ici, alors son seul but était bien de nous fausse compagnie à la première occasion : On n’aurait pas dû lui donner des responsabilités, lui laisser tant de liberté… Mais dans les conditions actuelles, comment faire autrement !
- Oh, que la vie est compliquée !
- On ne va pas se lamenter sur notre sort. Nous allons de mal en pis, nous le savons.
Hanna ne savait que répondre, elle refusait une réalité qui la déprimait.
- Bon, ma fille, première chose à faire : avertir les autorités, ne serait-ce que pour nous couvrir. Avec ta sœur toujours en délicatesse avec elles, il vaut mieux ne prendre aucun risque. En tout cas, son départ ne nous arrange pas !
- Tu veux que je m’en occupe ?
- Non, non… Toi, tu as ta tournée à faire et avec cette histoire, tu es déjà en retard. Alors, file vite. D’ailleurs, je vais en profiter pour demander le retour de ta sœur s’ils veulent qu’on continue à livrer dans les délais.

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Gaby bien sûr n’assista pas à ce dialogue entre Hanna et sa mère, pas plus qu’il n’était à cette heure sur la route de l’évasion, cherchant son chemin vers le sud comme Thekla le supposait à tort.
Il s’était tout simplement planqué dans le camion !
Il n’en menait pas large caché derrière les piles de cageots de légumes, de patates, à se demander s’il avait choisi la bonne solution (il y a toujours plusieurs hypothèses), si le camion irait bien à Engen comme il le pensait, en direction du Rhin pour livrer ses marchandises et non à Sigmaringen dans le Haut-Danube.
Tout allait bien. Hanna sauta dans le camion pour éviter d’être encore plus en retard tandis que sa mère allait avertir les autorités de l’évasion de leur prisonnier de guerre, cherchant des arguments pour se disculper de tout laxisme. Il entendit avec soulagement le camion démarrer et s’engager dans la bonne direction. Tous sens en éveil, il suivait le parcours du véhicule : le camion passa la gare sud de Tuttlingen (bon, on allait bien vers le sud se dit Gaby, soulagé), stoppa quelques instants à Mohringen le temps de décharger quelques cageots et fila vers Enger, s’arrêta au sud de la ville pour une nouvelle livraison.
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Hanna s’éloigna, se dirigeant vers un immense entrepôt. Et maintenant ? se dit Gaby en sautant d’un bond du camion. Il se revoyait cheminant le long de la vallée de La lippe avec le même objectif mais encore loin, des dizaines et des dizaines de kilomètres tandis qu’ici, le chemin, quoique semé d’embûches, serait beaucoup plus court.

Surtout, toujours passer inaperçu avec sa tenue d e travailleur et ses deux musettes dont une pour la nourriture et le lait qu’il avait dérobé à la ferme. Son idée : se présenter comme un réfugié du nord, Soltau d’où il venait, du côté d’Hanovre, c’était plausible. Beaucoup de bombardements là-bas, beaucoup de destructions et de sans-abris, son allemand approximatif passerait bien par ici au sud du pays dans le Bade-Wurtenberg. Gaby se voyait bien en travailleur agricole venu prêter main forte dans une ferme de la région. Cette version avait un air de vraisemblance qui lui plaisait.

Repérant un petit square, il s’y glissa pour mieux étudier sa carte. Apparemment, il se trouvait à environ 12 kilomètres de Singen, son prochain objectif. La campagne était assez touffue et vallonée, il repartit sans délai, ses deux musettes sur l’épaule comme un travailleur qui se rend dans les champs. La distance fut avalée dans la journée et à la tombée de la nuit, il trouva un refuge à l’entrée de Singen. Il lui faudrait emprunter la route de Gottmadingen un peu plus à l’est, poursuivre en direction de Gailingen puis de Dörflingen… en évitant surtout de s’engouffrer dans l’enclave de Büsingen. Gaby arrivait à s’y perdre dans tous ces noms terminés par "en", ses yeux cillaient devant tous ces noms qui se ressemblaient et qu’il avait tendance à confondre.
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Marche forcée. Gaby avait bien avancé mais ne parvenait plus à se repérer, une sale impression de tourner en rond. Éviter de se focaliser sur la frontière, de toute façon, elle ressemble à un gruyère par ici, même les autochtones doivent parfois se gourer, un pied en Allemagne, un pied en Suisse, allez savoir. Une seule certitude : devant lui, plein ouest, la ville de Schaffhouse dominée par l’imposante forteresse de Munot le long du Rhin, étagée sur la rive droite du fleuve. Repère important qu’on voyait de loin.
Mais, il hésitait, comment savoir dans ce dédale s’il avait bien pénétré dans cette fameuse « poche de Schaffhouse », petite avancée suisse en territoire allemand. En réalité, une véritable poche trouée d’une frontière improbable. La forêt assez dense à cet endroit, se déclinait en fourrés, en halliers et en clairières, sillonnés de sentiers qui montaient et descendaient au gré de la pente et se perdaient dans la profondeur des bois.
C’était bien ce que craignait Gaby d’être en Suisse sans le savoir puis de repasser en Allemagne.

Au loin, des chiens aboyaient bruyamment puis peu à peu le calme revint : « Ce n’est pas pour moi », pensa-t-il en franchissant non sans difficultés une série de barbelés. « Ça y est, se dit-il, j’ai réussi. Cette fois, je suis hors de danger. »
Il avait du mal à y croire : Après tous ses efforts, ça tenait du miracle ! Oui. Cette fois, il se crut tiré d’affaire quand soudain il perçut tout un remuement dans les fourrés. Le temps de réagir et le garde-frontière avec son chien en laisse étaient sur lui. 

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